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Le paradoxe de la construction : pourquoi l’expertise la plus cruciale reste-t-elle dans l’ombre ?

Le paradoxe de la construction : pourquoi l’expertise la plus cruciale reste-t-elle dans l’ombre ?

Publication 2026

2026-03-27

Eric Savard

« Combien ça va coûter ? » ??

C’est la question qui valide ou condamne un projet. Celle qui dicte les matériaux choisis, l’échéancier adopté et la viabilité même de l’investissement. L’économie de la construction joue un rôle central pour y répondre. Pourtant, la façon dont cette discipline est perçue et enseignée au Québec soulève un paradoxe troublant.

L’illusion de la tâche « accessoire »

Lorsqu’on imagine un grand chantier, on visualise les architectes qui dessinent les plans, les ingénieurs qui s’assurent que la structure tiendra debout, et les gestionnaires de projet qui orchestrent le tout. Mais qui s’assure que le budget tient la route face à l’inflation, aux risques du marché et aux fluctuations des chaînes d’approvisionnement ?

L’économiste de la construction (ou estimateur) ne se contente pas de compter des briques ou des poutres d’acier. Son travail est hautement stratégique :

  • Analyse du cycle de vie : Calculer les coûts d’entretien à long terme, pas seulement le coût de construction initial.
  • Ingénierie de la valeur : Trouver les meilleures alternatives pour maximiser la qualité tout en respectant le budget.
  • Gestion des risques : Anticiper les imprévus financiers avant qu’ils ne se transforment en dépassements de coûts dramatiques.

Pourtant, cette expertise est encore trop souvent perçue comme une simple tâche administrative ou accessoire, reléguée au second plan.

L’angle mort universitaire québécois ?

La racine de ce problème de reconnaissance se trouve en grande partie dans notre système d’éducation. Contrairement à l’ingénierie, à l’architecture ou à la gestion de projet, l’économie de la construction n’est pas enseignée en tant que discipline distincte dans les parcours universitaires au Québec.

Actuellement, l’expertise se transmet souvent « sur le tas ». Ce sont fréquemment des techniciens, des ingénieurs ou des architectes qui se spécialisent de façon autodidacte ou grâce au mentorat en entreprise. Bien que ces professionnels soient compétents, l’absence d’un cursus universitaire dédié freine la standardisation des pratiques et limite la reconnaissance professionnelle de cette spécialité.

Un enjeu crucial pour nos marchés publics ??

À l’Association des Économistes en construction du Québec (AEÉCQ), nous croyons fermement que l’agilité et l’intégrité de nos marchés publics reposent sur une information économique fiable.

Dans un contexte où les dépassements de coûts des grands projets d’infrastructures publiques font régulièrement les manchettes, il est impératif de s’appuyer sur des données précises. Cette fiabilité ne peut être garantie que si elle est produite par une expertise reconnue, encadrée et valorisée à sa juste valeur.

S’inspirer de l’international pour former la relève ?

Ailleurs dans le monde, la situation est bien différente. Au Royaume-Uni, par exemple, le Quantity Surveyor est une profession hautement respectée, dotée de ses propres diplômes universitaires et d’un ordre professionnel (RICS). En France, le diplôme d’économiste de la construction est également bien établi.

Alors, la question se pose : Devrions-nous emboîter le pas à ces autres pays ?

Est-il temps de créer un véritable cursus universitaire en économie de la construction au Québec pour former la relève de demain, uniformiser les pratiques et redonner à cette discipline ses lettres de noblesse ? ➡️??️

Nous voulons vous entendre ! Que vous soyez dans le domaine de l’éducation, de la construction, ou simplement un citoyen soucieux de la saine gestion des projets, faites-nous part de vos réflexions.

Croyez-vous qu’un diplôme universitaire dédié changerait la donne ? La discussion est ouverte dans les commentaires ! ??



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